ELOÏSE DECAZES/ERIC CHENAUX : La bride – TFR043 LP

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Description

A true chanteuse halogène, Eloïse Decazes has been haunting the ruins of French chanson for a few years now, notably with the group Arlt. Elsewhere she can be heard miniaturizing Luciano Berio’s Folksongs in the company of Delphine Dora, or improvising hymns to the Titanic on cassette with Le Ton Mité. Her mysterious timbre is immediately recognizable, as warm as it is cold, her deceptively serene articulation, and her way of warping durations by singing the shadows of notes in lieu of the notes themselves.

Eric Chenaux – a virtuoso guitarist – is known for having decided one day to cease taking his chosen instrument seriously, preferring to treat it as a bastard utensil by making it sound at the same time like an organ, a viola da gamba, an electric fishing rod and a handgun fired underwater. The worst part is that the result is quite beautiful. Apart from this, he’s a mad theorist and an admirable singer. For evidence, see his albums released on the Constellation label, which – with their minimal syncretism, their groove and their speculation considered as eroticism – evoke a sort of Arthur Russell cross stitched with Marvin Gaye. He is also an improvisor of the first order, destroyer of all clichés associated with the genre by dint of humor and paradox.

The shared enthusiasm of these two great anomalies for the chanson ancienne brought them together on the same album, recorded over the course of two afternoons in Toronto and issued by the Belgian label Okraïna (2012). One predominantly hears long laments gleaned from the Middle Ages through to the 19th century, rife with murders and metamorphoses, strung out with a pale voice and bristling with guitar counterpoint and dodgy melodica, drones and dissonances slaughtered with a bow. One seeks to reassure oneself by way of comparison to Nico and John Cale, or to Areski-Fontaine, but in truth this curious object does not resemble anything known. Their inaugural meeting of the unheard-of and the familiar, the antique and the ultra-modern, the learned and the not-learned-at-all impacted quite a few heads and the album quickly sold out, becoming the object of a little fervent cult among the lovers of not patently standardized beauties.

La bride (The Bridle), which is here released by the Lausanne-based three:four label (Norberto Lobo, Danny Oxenberg & Bear Galvin, Mike Wexler, etc.), is their second album and it is perhaps even more surprising.

What do we find here? Ten new songs from old times, reimagined from top to bottom, arranged with equal parts madness and precision. One dies always and often in the rolling waves and riptides of these songs without refrain. You can only love furiously and you lose yourself almost everywhere. One hears vicious tales sung in a language characterized by insane turns of phrase. Animals have the word and the forest frightens to death, children make love, and if fathers die by the swords of their sons, it is well deserved. But Eloïse Decazes, more dancer than actress, more visual artist than storyteller, more musician than anything else, does not embellish the literal, never dramatizes her narratives, preferring to blow her melodies like glass or scrub and distill them to limestone and chalk, seeking air in the wooly outlines of verses. Her voice like dawn and her curious formations accompanied by the multiple sonic stances of Chenaux are like myriad flares that inscribe a ballet of shadows and lights in the dark material of the themes, very slow and very beautiful. One hears these firmly unstable arpeggios played on nylon strings that interwoven patterns of electric guitar come to disturb or even liquefy like waves. It is comprised of surprises and conflicting emotions. Furthermore, we are stunned by the way this curious album sometimes induces vertigo, with its vocal majesty and fake crawling violins, its harmonic suicides and misleading solos; how handily it subverts its forms, but without fuss, with kindness and in the utmost calm.

Let us be clear: La bride is not folk music, nor even so-called traditional music. It is an album of new music dreamt and conceived from very old melodies, an observation testified to by its production – all in shifting stereo – its soft psychedelia, a dialogue with a certain intrepid modernity (Monk, Cage, Derek Bailey and the “Obscure” records of Brian Eno are all visible from here), the love of inquiry and peregrinations for a present that is ceaselessly renewed.

Véritable chanteuse halogène, Eloïse Decazes hante depuis quelques années les ruines de la chanson française, notamment au sein du groupe Arlt. On l’a par ailleurs entendue miniaturiser les Folksongs de Luciano Berio en compagnie de Delphine Dora ou improviser sur cassette des hymnes au Titanic avec Le Ton Mité. Son timbre mystérieux, dont on peine à démêler le chaud du froid, son articulation faussement sereine, et cette façon de perturber les durées en chantant l’ombre des notes plutôt que les notes sont immédiatement reconnaissables.

Quant à Eric Chenaux, guitariste virtuose, il est connu pour avoir cessé un beau jour de prendre son outil au sérieux, préférant y voir un instrument bâtard et s’étonner lui-même d’en sortir tout à la fois des sons d’orgue ou de viole de gambe, de canne à pêche électrique ou de fusil tombé dans l’eau. Le pire, c’est que c’est très beau. À part ça, c’est un théoricien retors et il chante admirablement. Pour preuves, ses albums parus sur le label Constellation, dont le syncrétisme minimal, le groove et la spéculation considérée comme un érotisme, évoquent une espèce d’Arthur Russell piqué de Marvin Gaye. C’est aussi un improvisateur de premier plan, qui défonce tous les clichés du genre, à force d’humour et de paradoxes.

L’amour de ces deux grands irréguliers pour la chanson ancienne les rassembla sur un même disque, enregistré en deux après-midi à Toronto et paru sur le label belge Okraïna. On y entendait principalement de longues complaintes glanées du Moyen Âge au 19 ème siècle, pleines de meurtres et de métamorphoses, étirées d’une voix pâle et hérissées de contrepoints guitaristiques et de mélodica patraque, de dissonances et de drones égorgés à l’archet. On parla pour se rassurer de Nico et John Cale, ou d’Areski-Fontaine, mais en vérité ce drôle d’objet ne ressemblait pas à grand-chose de connu. Cette rencontre de l’inouï et du familier, du très ancien et du très moderne, du très savant et du pas savant du tout frappa quelques têtes et le disque fut rapidement épuisé, devenant l’objet d’un petit culte assez fervent chez les amateurs de beautés pas franchement normées.

La bride, qui sort aujourd’hui à l’enseigne lausannoise three:four records (Norberto Lobo, Danny Oxenberg & Bear Galvin, Mike Wexler, etc.) est leur deuxième album et il est peut-être encore plus étonnant.

Qu’est-ce qu’on y trouve ? Dix nouvelles chansons d’autrefois repensées à deux et de fond en comble, arrangées avec autant de folie que de science. On meurt toujours beaucoup dans ces chansons sans refrain, qui sont des rouleaux et des ruisseaux. On ne sait y aimer que furieusement et on s’y perd à peu près partout. On en raconte des vertes et des pas mûres dans une langue aux tournures insensées. Les animaux ont la parole et la forêt flanque la frousse, les enfants font l’amour, et les pères meurent au fil de l’épée du fiston, c’est bien fait. Mais Eloïse Decazes, plus danseuse qu’actrice, plus plasticienne que conteuse, plus musicienne que quoi que ce soit, n’en rajoute pas dans le littéral, ne théâtralise jamais ses récits, préférant souffler les mélodies comme du verre ou en gratter le calcaire et la craie, cherchant l’air dans le déroulé touffu des couplets. Sa voix d’aube et ses agencements curieux ainsi que les multiples parti-pris sonores de Chenaux sont autant de fusées éclairantes qui dans la noirceur des thèmes font un ballet d’ombres et de lumières très lent et très beau. Il faut entendre ces arpèges fermement désaxés sur le nylon que le vibrato et les motifs entrelacés de guitare électrique viennent troubler voire liquéfier par vagues. Il faut entendre les bourdons et les lucioles. C’est rempli de surprises et d’émotions contrastées. Autre chose qui nous sidère, c’est combien ce drôle d’album fait parfois tourner la tête, à force de majesté vocale et de faux violons rampants, de suicides harmoniques ou de soli égarants, combien il subvertit ses formes, mais sans tapage, avec bienveillance et dans le plus grand calme.

La bride n’est pas un disque de folk, précisons-le, ni même d’ailleurs de musique dite traditionnelle. C’est un disque de musique nouvelle rêvé et pensé à partir de très vieilles mélodies, ce dont attestent la production toute en stéréo mouvante, le psychédélisme doux, un dialogue souriant avec une certaine modernité intrépide (Monk, Cage, Derek Bailey ou les disques « Obscure » de Brian Eno en ligne de mire), l’amour des questions et la quête inlassable d’un présent sans cesse recommencé.

tracklist

A1. Le deuil d’amour (5’06)

A2. Dedans la ville de plaisantement (5’39)

A3. La belle endormie (5’39)

A4. Au jardin des amours (4’37)

A5. Bella Louison (3’46)

B1. Le flambeau d’amour (3’34)

B2. L’amante du dauphin (3’16)

B3. La mie qui meurt (5’58)

B4. Quand je menais mes chevaux boire (4’52)

B5. Quand j’tiens la bride de mon cheval (4’23)

soundcloud

credits

Eloïse Decazes – voice, Eric Chenaux – electric guitar, nylon string guitar, voice

Traditionnal songs / arrangements – Eloïse Decazes et Eric Chenaux

Recorded and mixed by Cyril Harrison in Pouget and Paris, between july 2015 and april 2016

Mastered by Harris Newman at Greymarket, Montréal QC

Artwork – Brest Brest Brest

Additional information

Weight 0,3 kg
Dimensions 31 × 31 × 0,3 cm